Jeux du Commonwealth Glasgow 2026 : Benjamin Boukpeti dresse un bilan encourageant et fixe le cap vers le très haut niveau
Les Jeux du Commonwealth de Glasgow 2026 ont marqué une étape historique pour le sport togolais avec une première participation du pays à cette compétition. Dix athlètes ont représenté le Togo en athlétisme, en boxe et en judo. Si aucune médaille n’a été remportée, cette première expérience constitue, selon Benjamin Boukpeti, responsable de la préparation olympique et du sport de haut niveau au sein du CNO-CGA Togo et manager de la délégation, une base solide sur laquelle bâtir les futures ambitions du pays.
Pour l’unique médaillé olympique de l’histoire du Togo, cette première participation est avant tout une réussite institutionnelle et organisationnelle.
« La première chose que je peux dire, c’est que cette participation reste une réussite. C’est la première participation du Togo aux Jeux du Commonwealth avec dix athlètes présents. Le Togo existe désormais sur la carte des Jeux du Commonwealth et c’est une immense satisfaction. Tout s’est déroulé correctement du début à la fin, ce qui constitue déjà un premier succès », souligne-t-il.
Sur le plan sportif, Benjamin Boukpeti reconnaît toutefois que le niveau de la compétition a rappelé l’ampleur du travail restant à accomplir. Tous les représentants togolais ont quitté la compétition dès leur entrée en lice, une réalité qui met en évidence l’écart existant avec les meilleures nations du Commonwealth.
« Ces Jeux sont d’un niveau extrêmement élevé. Nos athlètes ont été éliminés au premier tour, ce qui montre que notre niveau n’est pas encore suffisant pour viser des demi-finales ou des finales. Mais ce constat ne doit pas masquer les signaux positifs observés chez certains jeunes. »
Le responsable de la délégation cite notamment le boxeur Ramzy Salifou (+90 kg) et le judoka Mattheo Lawson (-73 kg), deux athlètes âgés de seulement 21 et 22 ans, qui ont livré des prestations encourageantes face à des adversaires de très haut niveau.
« Mattheo perd contre celui qui terminera médaillé de bronze. Quant à Ramzy, son adversaire est passé tout près de la finale. Cela montre qu’ils ne sont plus très loin du niveau des meilleurs et qu’ils peuvent devenir de sérieux prétendants lors des prochaines échéances. »
Une sélection préparée plusieurs mois à l’avance
Benjamin Boukpeti révèle que la constitution de la délégation n’a rien laissé au hasard. Le travail de sélection a débuté dès janvier 2026, en collaboration avec les fédérations nationales.
Une première liste élargie d’athlètes a été établie plusieurs mois avant les Jeux. Les performances, la régularité, le comportement et le potentiel de chaque sportif ont ensuite été suivis tout au long de la saison avant de retenir les dix représentants définitifs environ deux mois avant la compétition.
« C’est un travail de longue haleine avec les fédérations. Nous observons les compétitions, les entraînements et nous affinons progressivement afin de retenir les athlètes les mieux préparés et présentant le meilleur potentiel à moyen et long terme. »

Passer d’un champion individuel à un bâtisseur de système
Habitué aux exigences du très haut niveau en tant qu’ancien athlète, Benjamin Boukpeti explique que son nouveau rôle est totalement différent.
« Performer soi-même est une chose. Faire performer toute une équipe en est une autre. Aujourd’hui, il faut coordonner les fédérations, les entraîneurs, les directions techniques nationales, le ministère, le staff médical et les athlètes. Chacun doit parfaitement comprendre son rôle. »
Selon lui, les grandes nations sportives investissent énormément pour décrocher leurs médailles. Le Togo doit donc accepter que la progression soit un processus de longue durée.
« Les médailles ne tombent pas du ciel. Il faut apprendre, progresser, mettre chacun dans les meilleures conditions et construire un véritable système de performance. »
Une culture du professionnalisme à développer
Pour Benjamin Boukpeti, le professionnalisme ne se limite pas au statut d’athlète rémunéré. Il s’agit surtout d’une véritable démarche de performance.
Fixer des objectifs, mesurer les progrès, travailler avec un encadrement structuré et remettre régulièrement son travail en question sont, selon lui, les fondements de la réussite.
À Glasgow, il estime que l’ensemble de la délégation a affiché une attitude exemplaire.
« Les rôles étaient clairement définis. Les athlètes, les entraîneurs, le staff médical, le management, les médias et la cheffe de mission ont travaillé dans une excellente coordination. Maintenant, il faut réussir à maintenir ce niveau d’organisation tout au long de l’année et non seulement pendant les Jeux. »

Glasgow, un laboratoire pour préparer Brisbane
Benjamin Boukpeti insiste également sur la valeur exceptionnelle des Jeux du Commonwealth comme étape de progression.
Il rappelle que les performances réalisées en demi-finales d’athlétisme à Glasgow sont proches de celles observées aux Jeux olympiques.
« Ces Jeux offrent une occasion unique à nos athlètes de se mesurer à l’élite mondiale. C’est une expérience qu’il faut capitaliser sur plusieurs années. »
Il évoque déjà les prochaines échéances, notamment les Jeux olympiques de Brisbane en 2032, avec une ambition assumée.
« Si nous poursuivons ce travail pendant cinq ou six ans avec cette génération, nous pouvons raisonnablement espérer voir des Togolais atteindre les demi-finales, les finales et pourquoi pas viser des médailles. »
Croire davantage en nos propres capacités
Au-delà des aspects techniques, Benjamin Boukpeti estime que le principal obstacle est souvent psychologique.
« Notre plus grand défaut est de ne pas croire suffisamment en nous-mêmes. Beaucoup pensent qu’il faut avoir les moyens des États-Unis ou de la Chine pour réussir. Pourtant, avec des talents bien accompagnés, des entraîneurs compétents et les bons soutiens au bon moment, il est possible de réaliser de grandes performances. »
Selon lui, l’encadrement doit évoluer vers une approche davantage centrée sur les besoins de l’athlète.
« Au très haut niveau, ce n’est plus l’entraîneur qui est la vedette. C’est l’athlète. Nous devons nous mettre à son service afin de lui permettre d’exprimer pleinement son potentiel. »
Une expertise à construire
L’ancien kayakiste olympique estime également que les entraîneurs togolais doivent continuer à actualiser leurs connaissances.
Pour lui, les secrets du très haut niveau ne s’apprennent pas uniquement dans les livres.
« Les grandes nations ne dévoilent jamais leurs méthodes. Il faut observer, échanger, prendre des notes, expérimenter et apprendre directement au contact des meilleurs. C’est ainsi que nous construirons progressivement notre propre expertise. »
La préparation mentale, un chantier prioritaire
Parmi les enseignements majeurs de Glasgow, Benjamin Boukpeti place la préparation mentale au premier rang des priorités.
Il explique avoir découvert à quel point l’état psychologique des entraîneurs influence directement celui des athlètes.
« Un entraîneur stressé ne peut pas transmettre de la sérénité à son athlète. Nous devons désormais préparer mentalement les coaches avec autant de sérieux que les sportifs eux-mêmes. C’est un domaine où nous avons énormément à gagner. »
Un message de gratitude
Avant de conclure, Benjamin Boukpeti a tenu à remercier l’ensemble des acteurs ayant contribué à cette première participation historique du Togo.
Il a salué la confiance du CNO-CGA Togo, du ministère des Sports, des fédérations, des entraîneurs, des athlètes, du personnel médical, des médias ainsi que du public togolais.
« Quel que soit le résultat que nous obtiendrons demain, ce sera toujours un travail collectif. Plus nos athlètes se sentent soutenus, plus ils seront capables de repousser leurs limites. Ensemble, nous pouvons construire l’avenir du sport togolais. »
Envoyé Spécial,
Aimé Lebon EKPE

