Togo/Football : Professionnalisation mal préparée !
Le football togolais s’apprête à aborder un tournant historique. Officiellement, la prochaine saison de première division sera placée sous le sceau du professionnalisme. L’annonce est ambitieuse et porteuse d’espoir pour un football national en quête de crédibilité, de compétitivité et de modernisation. Mais derrière l’enthousiasme suscité par cette évolution institutionnelle annoncée et attendue, une interrogation majeure demeure : le championnat togolais est-il réellement prêt à entrer dans l’ère professionnelle ?
À quelques semaines de la fin de la saison actuelle, le constat au plan technique dressé par de nombreux observateurs reste préoccupant. Des techniciens expatriés, consultants et recruteurs qui assistent parfois aux rencontres du championnat togolais dressent presque tous le même diagnostic : le jeu proposé sur les pelouses nationales manque de densité tactique, de créativité et d’intensité. Les matchs, dans leur grande majorité, peinent à offrir un spectacle convaincant et donnent souvent l’impression d’un football figé, pauvre dans son animation et limité dans ses intentions.
Le plus inquiétant est que, selon plusieurs spécialistes, le problème ne réside pas fondamentalement dans la qualité des joueurs. Le Togo continue de produire des footballeurs talentueux, capables d’exprimer leur potentiel lorsqu’ils évoluent dans des environnements mieux structurés. La véritable faiblesse se situerait davantage au niveau de l’encadrement technique. La majorité des clubs sont dirigés par des entraîneurs titulaires de licences B ou C CAF obtenues après de courtes formations. Et le drame, c’est que ces techniciens bénéficient rarement de stages de recyclage ou de perfectionnement après leur certification. Dans le football moderne, une formation initiale ne suffit pourtant plus. Les entraîneurs doivent continuellement actualiser leurs connaissances tactiques et méthodologiques.
La responsabilité d’une telle situation incombe à la fois à la fédération et à l’Etat. Un pays qui ambitionne de professionnaliser son championnat ne peut faire l’économie d’une véritable politique de développement technique sans accompagnement financier conséquent. Le professionnalisme ne se décrète pas uniquement à travers des textes administratifs ou des changements d’appellation. Il se construit par la qualité du jeu, l’exigence méthodologique et l’élévation du niveau des compétences.
Le risque est donc réel de voir le Togo entrer dans le professionnalisme avec des fragilités techniques profondes. Un championnat professionnel sans entraîneurs suffisamment formés pourrait rapidement se transformer en simple vitrine administrative, incapable de produire le saut qualitatif attendu. Car le professionnalisme authentique ne se limite ni aux contrats ni aux exigences financières ; il repose avant tout sur la compétence, la rigueur et la maîtrise technique.
Il devient dès lors urgent d’engager une réforme ambitieuse de la formation des entraîneurs. Cela suppose l’organisation régulière de stages de recyclage, le renforcement des licences CAF, la mise en place de partenariats avec des fédérations plus avancées et la création d’une véritable politique nationale de perfectionnement technique. Les entraîneurs, les éducateurs et la formation des formateurs doivent redevenir le cœur du projet de développement du football togolais.
Le défi est immense, mais il reste possible à relever. Le Togo dispose de talents, d’une passion populaire intacte et d’un potentiel sportif réel. Encore faut-il que la professionnalisation annoncée repose sur des fondations solides.
Car dans le football moderne, le professionnalisme ne commence pas dans les bureaux. Il commence d’abord sur le terrain, dans la qualité du jeu, dans la science tactique et dans la compétence de ceux qui ont la responsabilité de former, d’encadrer et d’élever les joueurs. Je l’ai encore dit !
Aimé EKPE

