Togo/Football : L’ère Patrice Neveu, une nouvelle
gouvernance
Depuis son arrivée à la tête des Éperviers du
Togo, Patrice Neveu avance avec méthode, prudence, lucidité et fermeté. Le technicien français sait parfaitement qu’il ne lui est pas demandé de réaliser un miracle, mais plutôt d’engager une œuvre de reconstruction profonde d’une sélection nationale en perte de repères depuis plusieurs années, mais en même temps des résultats.
La publication de la liste des joueurs retenus pour le second stage prévu au Maroc dans le cadre de la fenêtre FIFA du mois de juin et entièrement financé par le gouvernement togolais, s’inscrit justement dans cette logique. Deux rencontres amicales contre la Centrafrique et le Bénin serviront de nouveaux laboratoires pour un sélectionneur en quête d’automatismes, d’équilibre et surtout d’un état d’esprit capable de redonner une âme aux Éperviers.
Le premier regroupement organisé en mars dernier, quelques jours seulement après sa nomination, avait laissé entrevoir des signaux encourageants. Un match nul obtenu face à la Guinée, puis une victoire contre le Niger, avaient permis de constater une certaine discipline collective et un début de cohérence dans l’animation du jeu. Certes, ces résultats ne suffisent pas à effacer des années d’instabilité et d’échecs répétés, mais ils avaient
au moins le mérite de redonner un peu d’espérance à un public sportif profondément meurtri.
Car le chantier demeure immense. Le Togo reste sur quatre éditions consécutives de Coupe d’Afrique des Nations manquées, une situation devenue insupportable pour les Togolais qui avaient déjà gouté aux délices de la gloire.
Aujourd’hui, les Éperviers
apparaissent comme une sélection en reconstruction permanente, sans véritable continuité technique ni identité de jeu clairement affirmée. Dans ce contexte, Patrice Neveu semble vouloir imposer une nouvelle forme de gouvernance sportive fondée sur la clarté, la
discipline et la sincérité. Son récent discours à propos des joueurs binationaux hésitant encore à rejoindre la sélection togolaise en dit long sur son état d’esprit. Le sélectionneur refuse désormais les ambiguïtés prolongées et les hésitations sans fin. Tout en respectant la liberté individuelle des joueurs concernés, il estime que chacun doit pouvoir se décider honnêtement,
dans un sens comme dans l’autre.
Cette posture mérite d’être saluée. Une sélection nationale ne peut durablement se construire dans le doute permanent ou dans l’attente de décisions dictées par des calculs opportunistes. Patrice Neveu semble vouloir privilégier des joueurs réellement engagés dans le projet togolais, même si cela implique parfois de renoncer à certains profils talentueux. Dans le football moderne, la qualité technique seule ne suffit plus ; l’adhésion au projet collectif est une nécessité.
Et pour y arriver, Patrice Neveu s’impose un impératif : disposer d’un environnement de travail sain et stable. Cette exigence dépasse largement le cadre purement sportif. Elle renvoie aux réalités profondes qui minent depuis longtemps le football togolais : instabilité organisationnelle, pressions diverses, insuffisances structurelles et manque de continuité dans les projets techniques.
Or, la double mission assignée à Patrice Neveu est particulièrement délicate. Reconstruire et refonder la sélection nationale en même temps qu’il faut la qualifier pour la CAN 2027. La tâche n’est point aisée lorsque l’on observe la composition du groupe I, où figurent l’Algérie, la Zambie et le Burundi. Le défi est
immense et le temps relativement court. Le véritable enjeu réside dans la capacité à rebâtir durablement une équipe crédible, cohérente et compétitive. Patrice Neveu semble avoir surtout compris qu’il ne pourra réussir sans une adhésion totale de l’ensemble des acteurs : joueurs, dirigeants, encadreurs et environnement institutionnel.
Le technicien français a pris un engagement : bien faire son travail. Mais il rappelle également, avec une franchise rare dans le football africain, qu’aucun projet sérieux ne peut prospérer sans honnêteté, sans sincérité et sans discipline collective. Voilà sans doute le premier combat qu’il tente aujourd’hui de gagner avant même les batailles sur le terrain. Et peut-être est-ce justement là que commence enfin la véritable reconstruction des Éperviers du Togo.
Aimé EKPE

