Le Togo revient des Jeux de la Solidarité islamique à Riyad avec deux médailles de bronze obtenues par Fayza Abdoukerim au saut en longueur et Naomi Akakpo au 100 mètres haies. Deux distinctions qui, au-delà de leur couleur, témoignent d’un mérite immense et d’un courage discret.
Car ces performances ne sont pas seulement le résultat d’un travail rigoureux ; elles sont surtout le fruit d’un engagement personnel mené dans un contexte où tout semblait jouer contre les athlètes. Le plus remarquable dans cette participation togolaise n’est pas seulement le podium, mais l’histoire que ces athlètes portent : celle d’un pays où le talent survit malgré l’abandon, où l’excellence s’édifie dans le silence des moyens absents. Ou refusés, tout simplement.
À Riyad, certains pays ont présenté des délégations comptant cinquante, voire cent athlètes, sans pour autant décrocher le moindre podium. Le Togo, lui, n’en a aligné que neuf, engagés en judo, tennis de table et athlétisme. Neuf seulement, mais neuf qui ont su faire parler d’eux, non par la force d’une logistique parfaite ou d’un système de préparation avancé, mais par une détermination forgée dans l’adversité.
Les médailles de Riyad ne doivent pas masquer l’essentiel en effet : la participation togolaise n’a bénéficié d’aucun financement de l’État. Pas un franc public pour soutenir la délégation. Pas un budget dédié pour faciliter le voyage, la préparation ou la compétition. C’est le Comité National Olympique du Togo (CNO-Togo), déjà limité dans ses ressources, qui a dû, encore une fois, assumer seul la part togolaise de la charge financière de cette participation internationale.
Ce constat, tristement récurrent, jette une lumière crue sur la gestion du sport au Togo. Comment un pays peut-il prétendre bâtir une élite sportive, promouvoir sa jeunesse et espérer rayonner sur la scène internationale sans un soutien institutionnel conséquent ? Comment encourager l’effort, l’engagement et la discipline si les athlètes doivent se battre d’abord contre l’indifférence observée pour leur fournir les conditions nécessaires à la performance ? Les résultats de Riyad sont moins un motif de satisfaction qu’un signal d’alarme. Si, malgré tout, le Togo parvient à ramener des médailles, que pourrait-il accomplir avec une véritable politique sportive ?
Il faut saluer la dignité des athlètes qui, malgré les difficultés, ont refusé de sombrer dans la plainte. Aucun scandale, aucune polémique, aucune scène publique pour dénoncer leurs conditions. À Riyad, ils ont fait ce qu’ils savent faire : se battre, travailler, honorer leur drapeau. Leur attitude force le respect et révèle ce qu’il y a de plus noble dans le sport. Mais elle nous oblige aussi à poser une question essentielle : Que leur offre-t-on en retour ? Leur participation n’est pas seulement un fait divers sportif ; elle est un acte de patriotisme, un investissement personnel et moral que le pays ne peut continuer à considérer comme allant de soi.
Les difficultés liées au financement du sport au Togo ne datent pas d’hier. Elles se répètent, s’enracinent et, finalement, fragilisent tout un système. Le sport, pourtant, n’est plus un luxe de bourgeois aujourd’hui. C’est un facteur de cohésion sociale, un instrument de visibilité internationale, une opportunité pour la jeunesse, un vecteur de discipline et de valeurs, un moteur de développement. Les pays qui dominent aujourd’hui la scène sportive ne le font pas par miracle, mais par choix politique. Ils investissent, planifient, structurent. Au Togo, on improvise, on réagit, on bricole. Et pourtant, les athlètes continuent de croire, de travailler, d’espérer.
Les médailles de Riyad doivent donc être perçues comme un appel, presque un ultimatum. Il appartient désormais à l’État togolais de reconnaître ces efforts et d’envoyer un signal fort : celui d’un engagement nouveau, durable et cohérent pour accompagner les performances futures. Sans cela, les exploits resteront isolés, les talents s’épuiseront, et les sacrifices consentis ne seront jamais transformés en progrès collectif.
Le sport togolais mérite mieux. Les athlètes le méritent tout autant. À Riyad, ils ont prouvé que l’excellence est possible, même dans le dénuement. Il appartient maintenant au pays de prouver qu’il sait reconnaître, soutenir et valoriser cette excellence. C’est un pari à prendre.
Aimé EKPE

