Cette fois, il ne faudra pas demander aux Togolais de patienter. Après quatre CAN manquées, le football togolais a suffisamment attendu. Patrice Neveu arrive au premier grand rendez-vous de son mandat avec une obligation claire : gagner et lancer enfin la reconquête.
Il faut arrêter de se raconter des histoires. Les matches amicaux ont été encourageants, certes. Ils ont même permis de rallumer une petite flamme dans un football togolais habitué, depuis près d’une décennie, aux désillusions. Deux victoires, deux matches nuls : le bilan des quatre sorties de la sélection sous Patrice Neveu est plutôt séduisant.
Mais attention à ne pas confondre promesse et accomplissement.
Le Niger, le Bénin, la Guinée ou la Centrafrique n’étaient que des étapes de préparation. Des matches utiles pour observer, tester, corriger, construire. Rien de plus. Le véritable verdict commence maintenant.
Le 25 septembre, au Temple de Kégué, le Burundi ne viendra pas participer à une séance d’apprentissage. Et les Éperviers ne pourront plus invoquer le temps nécessaire à la reconstruction. Ils devront jouer pour gagner.
C’est toute l’ambiguïté de la mission confiée à Patrice Neveu. On lui a demandé de reconstruire une équipe tout en la qualifiant pour la CAN 2027. Jusqu’ici, ces deux objectifs pouvaient cohabiter sans trop de tension. Mais les premiers résultats ont changé la donne. L’espoir est revenu. Et avec lui, l’exigence.
Les Togolais ne veulent plus simplement entendre parler de reconstruction. Ils veulent la CAN.
Ils l’attendent depuis 2017. Quatre éditions sans les Éperviers. Près de dix ans à regarder les autres nations africaines se battre pour le trophée pendant que le Togo cherche encore la recette de la qualification. Et cela dans une CAN passée à 24 équipes, donc théoriquement plus accessible.
Comment expliquer une telle anomalie à un peuple qui a connu la Coupe du monde il y a vingt ans ?
C’est là que se situe le véritable défi de Neveu. Il ne doit pas seulement construire une équipe capable de bien jouer. Il doit construire une équipe capable de qualifier le Togo. La nuance est fondamentale.
Car le football ne se nourrit pas uniquement de belles intentions. Il se nourrit de résultats.
Les Éperviers n’ont peut-être pas de superstars. Ils n’ont pas besoin d’en avoir pour commencer à gagner. Ce qui semble nouveau sous Neveu, c’est cette impression de sérénité, cette cohésion, cette volonté collective qui manquaient parfois cruellement. Il faut maintenant transformer cette impression en certitude.
Et cette transformation ne pourra pas être l’affaire des seuls joueurs.
Le stade de Kégué doit répondre présent.
Pas avec un public venu simplement assister au spectacle, mais avec des supporters venus pousser leur équipe. Le Temple doit être plein. Bruyant. Exigeant. Mobilisé. Lorsque l’équipe souffrira, lorsque le Burundi imposera son rythme, lorsque le doute s’installera, c’est précisément à ce moment que les tribunes devront parler.
Un stade vide ou apathique serait un très mauvais signal.
La mobilisation doit donc être générale. Dirigeants, médias, anciens internationaux, partenaires, pouvoirs publics et supporters doivent comprendre qu’une qualification ne se décrète pas à la veille d’un match. Elle se prépare dans un environnement où chacun assume sa part de responsabilité.
Mais ne nous trompons pas de débat : le premier responsable de cette reconquête restera le terrain.
Patrice Neveu a bénéficié du temps de préparation. Il a observé son groupe. Il a testé ses joueurs. Il a installé ses principes. Le moment est venu de montrer ce que tout cela vaut lorsque les points comptent.
Le Burundi constitue donc beaucoup plus qu’un adversaire. C’est le premier miroir de la nouvelle ambition togolaise.
Une victoire ne qualifiera pas encore les Éperviers. Une défaite ne les éliminera pas davantage. Mais le résultat, la manière et surtout l’attitude enverront un message bien clair.
Après quatre CAN manquées, le Togo n’a plus besoin qu’on lui promette des lendemains meilleurs.
Il veut enfin les vivre.
Et le 25 septembre, dans la forteresse de Kégué, il faudra commencer par une chose simple : gagner. Et le reste va suivre forcément. A bon entendeur, salut !
Aimé EKPE

