L’élimination des Éperviers U23 face à la Libye dès le premier tour des qualifications pour la CAN de la catégorie dépasse le simple revers sportif. Elle met en lumière les fragilités d’un système qui ambitionne de reconstruire ses sélections nationales, mais peine encore à garantir à ses équipes de jeunes une préparation cohérente, rigoureuse et à la hauteur des objectifs affichés. Comment bâtir durablement sans fondations solides ?
Le football togolais veut tourner une page, insuffler une nouvelle dynamique et renouer avec ses ambitions continentales. Mais entre les discours et la réalité du terrain, le fossé demeure préoccupant. L’élimination des Éperviers U23 face à la Libye vient, une fois encore, rappeler une vérité élémentaire : aucune reconstruction sérieuse ne peut prospérer dans l’improvisation.
Les U23 ne sont pas une sélection secondaire dont les résultats pourraient être relégués au rang des incidents de parcours. Ils constituent un maillon essentiel de la chaîne de formation et de renouvellement des Éperviers A. C’est dans ce vivier que devraient émerger les talents appelés à renforcer, demain, l’équipe nationale fanion. Une sélection espoir performante prépare l’avenir ; une sélection abandonnée à ses incertitudes fragilise les fondations mêmes de cet avenir.
Dès lors, l’élimination face à la Libye appelle davantage qu’un simple constat d’échec. Elle impose un examen sérieux des conditions dans lesquelles cette équipe a été constituée, préparée et encadrée.
Comment espérer des résultats probants avec une équipe assemblée dans l’urgence ?
Le temps perdu dans les hésitations autour de la participation du Togo à cette compétition, sur fond de tergiversations entre la Fédération togolaise de football et les autorités gouvernementales, a nécessairement posé la question de la préparation. Lorsqu’une sélection est constituée à quelques jours d’une échéance internationale, la marge de manœuvre du staff se réduit considérablement. Les automatismes ne s’improvisent pas, la cohésion ne se décrète pas et la compétitivité ne se construit pas en quelques séances.
À ce déficit de préparation s’ajoutent des interrogations sur le sens des responsabilités des techniciens togolais à qui le pays confie des sélections nationales. Pour qu’une troupe remporte des combats, l’engagement, le professionnalisme et la rigueur du capitaine sont nécessaires. Peut-on en dire autant des sélectionneurs togolais ? Comment comprendre que le sélectionneur des U23 ait pu rater le vol vers la libye pour des raisons personnelles lors du transit à Istanbul ? Les actes parlent plus fort que les mots et nul ne peut dire combien cet écart a pu influencer négativement le groupe qui allait pourtant en Libye pour une mission compliquée. Cela pose le débat sur la contribution réelle des anciens footballeurs au mieux-être du football dans le pays. On en reparlera très bientôt.
Car en vérité, le football de haut niveau ne tolère guère l’amateurisme dans les détails. Car, bien souvent, ce sont précisément ces détails qui finissent par peser sur les résulats.
Autre interrogation : quelle collaboration effective a existé entre Patrice Neveu, sélectionneur des Éperviers A et superviseur des U23, et Kader Cougbadja Touré, chargé de conduire cette équipe dans une préparation particulièrement tardive ? La répartition des responsabilités, la coordination technique et la circulation de l’information étaient-elles clairement définies ? Le sélectionneur principal a-t-il disposé des conditions nécessaires pour observer les joueurs et apprécier leur potentiel ?
Ces questions ne relèvent pas du procès d’intention. Elles touchent au cœur même du projet sportif. Car si les U23 doivent constituer un réservoir pour l’équipe A, encore faut-il que ce réservoir soit effectivement suivi, évalué et intégré à une stratégie commune. La présence d’une quinzaine de joueurs binationaux venus d’Europe ne saurait, à elle seule, garantir la qualité d’une sélection. Sans préparation collective, sans cohérence tactique et sans observation technique approfondie, le recrutement devient une promesse dont les résultats restent à démontrer.
La reconstruction annoncée peut-elle réussir si sa base demeure aussi fragile ?
Le chantier est d’autant plus préoccupant que les sélections U17 et U20 connaissent, elles aussi, des difficultés qui interrogent la continuité de la formation nationale. Or, reconstruire une équipe fanion sans structurer les catégories inférieures revient à vouloir élever un édifice en négligeant ses fondations.
Patrice Neveu porte une double ambition : rebâtir les sélections nationales et conduire le Togo vers la CAN 2027. Mais cette mission ne peut reposer sur le seul travail du sélectionneur. Elle exige une organisation fédérale efficace, une collaboration institutionnelle claire, une planification anticipée et des moyens mobilisés en temps utile. La reconstruction est une œuvre collective ; elle ne saurait être réduite à la responsabilité d’un homme, aussi central soit-il dans le dispositif.
Certes, la volonté de mieux faire peut exister. Mais la volonté ne remplace ni la méthode ni l’exécution. Il faut passer des intentions aux actes, des annonces aux mécanismes concrets, des ambitions aux résultats mesurables.
Le football togolais n’a pas seulement besoin de nouvelles orientations. Il a besoin d’une nouvelle culture de travail, fondée sur l’anticipation, la responsabilité et la continuité.
Car on ne reconstruit pas un football national en improvisant ses fondations. On le reconstruit en les consolidant.
Aimé Lebon

