Le débat sur le financement des sports au Togo ne relève plus du simple constat récurrent. Il s’impose aujourd’hui comme une urgence stratégique, tant les limites du modèle actuel freinent l’épanouissement du potentiel sportif national. À l’ère du sport moderne devenu un marché où celui qui peut faire les meilleures offres raffle les meilleurs produits, le talent seul ne suffit plus, pas davantage que l’organisation ou la passion populaire. Le sport est devenu une véritable industrie, exigeant des investissements conséquents, des infrastructures adaptées et une vision à long terme. Sans ces piliers, aucune ambition durable ne peut prospérer.
Le Togo regorge pourtant de talents et d’énergies. Dans plusieurs disciplines, les performances individuelles témoignent d’un potentiel réel. Mais ces éclairs de réussite peinent à se transformer en succès collectifs et continus. La raison est connue : le sous-financement chronique du secteur sportif. Former, encadrer, préparer et compétir au plus haut niveau suppose des moyens financiers lourds, que ni la débrouille ni la bonne volonté ne peuvent durablement remplacer.
Le football togolais illustre parfaitement cette réalité. Sport le plus populaire et le plus pratiqué du pays, il demeure un puissant vecteur de cohésion sociale et de rayonnement national.
Pourtant, la récente présentation de la situation financière de la Fédération Togolaise de Football au Ministre en charge des sports a mis en lumière un déséquilibre préoccupant. Sur les trois dernières années, la contribution directe de l’État togolais ne représente que 10 % du financement global des activités de la fédération. La FIFA assure 59 %, la CAF 11 %, tandis que les sponsors et partenaires privés couvrent 20 %.
Ces chiffres interpellent. Peut-on raisonnablement bâtir un football national solide lorsque l’essentiel de son fonctionnement dépend d’acteurs extérieurs ?
Peut-on parler de développement souverain quand l’État, garant de l’intérêt général, reste en retrait dans le financement du sport roi ? Cette dépendance, osons le dire, fragilise la planification, limite l’autonomie décisionnelle et expose le football togolais aux aléas des financements extérieurs.
Il ne s’agit nullement de minimiser l’apport déterminant de la FIFA, de la CAF ou des partenaires privés. Leur soutien est précieux et souvent vital. Mais il ne peut se substituer durablement à l’engagement public.
Partout où le sport constitue un levier de développement, l’État joue un rôle central : il investit, structure et protège. Le sport, bien au-delà du spectacle, génère des emplois, renforce l’unité nationale et offre à la jeunesse des perspectives d’excellence et d’intégration.
Au Togo, les conséquences du sous-investissement sont visibles : infrastructures insuffisantes, clubs fragilisés financièrement et administrativement, compétitions locales peu attractives, préparation approximative des sélections nationales. Dans ces conditions, l’irrégularité des résultats n’est pas une fatalité sportive, mais la conséquence logique d’un déficit structurel.
Le football, en particulier, mérite une politique publique plus ambitieuse. Soutenir la fédération, accompagner les clubs, moderniser les infrastructures, investir dans la formation des jeunes et des encadreurs : ces actions constituent le socle minimal d’un projet crédible. L’investissement public dans le sport n’est pas une dépense superflue, mais un choix stratégique aux retombées multiples.
Ce plaidoyer se veut respectueux mais ferme. Il appelle l’État togolais à prendre la pleine mesure des enjeux et à rééquilibrer son engagement financier. Accroître, structurer et sécuriser le financement des sports en général, et du football en particulier, c’est affirmer une vision. C’est reconnaître que le sport n’est pas un luxe, mais un outil de développement, de cohésion et de rayonnement.
Le sport togolais a fait preuve de résilience. Mais la résilience ne saurait être un modèle de gouvernance. L’heure est venue d’un choix décisif : faire du sport une priorité nationale et investir pour transformer le potentiel en résultats durables.
Aimé EKPE

