Togo/D1 Lonato :Affaire présumée de matchs truqués ; Toulassi Kokou saisit la Commission de Recours et conteste sa suspension de six ans
L’affaire présumée de manipulation de matchs en D1 LONATO connaît un nouveau rebondissement. Suspendu pour une durée de six ans par la Commission de Discipline de la Fédération Togolaise de Football (FTF), le président du FC Espoir de Zio, Toulassi Kokou, refuse de s’avouer vaincu. Dans un recours introduit le 24 juin 2026, il sollicite l’annulation pure et simple de la décision rendue le 4 juin dernier, estimant que celle-ci repose essentiellement sur un enregistrement téléphonique « clandestin, non authentifié et juridiquement contestable ».
Cette démarche ouvre une nouvelle phase dans ce dossier qui continue d’alimenter les débats au sein du football togolais.
À l’origine de cette affaire se trouve une conversation téléphonique tenue le 21 mai 2026 entre Toulassi Kokou, président du FC Espoir de Zio, et Bola Théophile, entraîneur de l’AS Binah. Les deux clubs étaient alors engagés dans une lutte acharnée pour le maintien en première division.
Selon le dossier disciplinaire, cet échange, enregistré à l’insu de Toulassi Kokou par son interlocuteur avant d’être diffusé sur les réseaux sociaux, a conduit la Commission de Discipline de la FTF à ouvrir une procédure. À son terme, le dirigeant du FC Espoir de Zio a été sanctionné d’une interdiction de toute activité liée au football pendant six ans, assortie d’une amende de 500 000 FCFA. De son côté, Bola Théophile a écopé d’une suspension de cinq ans et six mois.
Dans son mémoire de recours, Toulassi Kokou développe plusieurs moyens de défense pour obtenir l’annulation de cette décision.
Le premier porte sur la valeur de la preuve utilisée contre lui. Il soutient que l’enregistrement téléphonique a été réalisé sans son consentement, en violation de son droit à la vie privée tel que protégé par l’article 368 du Code pénal. Il fait également valoir que l’authenticité de ce document n’a jamais été vérifiée par une expertise indépendante et qu’aucune transcription contradictoire n’a été réalisée. Enfin, il invoque la jurisprudence du Tribunal Arbitral du Sport (TAS), selon laquelle ce type d’élément ne peut être retenu que lorsque les propos sont explicites, dénués d’ambiguïté et ne permettent aucune autre interprétation.
Le président du FC Espoir de Zio estime ensuite que la motivation de la Commission de Discipline comporte une contradiction majeure. D’un côté, celle-ci affirme qu’il aurait directement influencé le déroulement et les résultats des rencontres concernées. De l’autre, elle reconnaît qu’aucun élément ne permet d’établir que les matchs ont effectivement été disputés conformément à un quelconque accord entre les parties. Il souligne d’ailleurs que les résultats des journées des 24 et 31 mai 2026 ont été homologués sans modification. Selon lui, il est donc incohérent de lui reprocher une influence sur des résultats que la Commission reconnaît elle-même ne pas avoir été altérés.
Le recours conteste également l’existence d’une tentative ou d’un accord de manipulation. Toulassi Kokou soutient qu’aucun commencement d’exécution n’a été établi, aucune consigne n’ayant été transmise aux joueurs, aux arbitres ou à toute autre personne susceptible d’agir sur le déroulement des rencontres. Quant aux réponses attribuées à Bola Théophile au cours de la conversation, telles que « je ne dis pas non » ou « ce n’est pas interdit », elles traduiraient, selon lui, une simple hésitation et non un engagement ferme. Il ajoute qu’un tel accord aurait été illogique puisque l’AS Binah jouait également son maintien en championnat. Accepter volontairement de perdre aurait donc compromis ses propres chances de rester en D1.
Par ailleurs, Toulassi Kokou affirme que reconnaître avoir tenu une conversation aux propos qu’il qualifie lui-même d’imprudents ne revient pas à reconnaître une manipulation de match au sens de l’article 20.1 du Code disciplinaire. À cet effet, il s’appuie sur la jurisprudence du TAS dans l’affaire Pobeda contre l’UEFA, selon laquelle les faits doivent être démontrés avec un degré de preuve particulièrement élevé lorsque les accusations sont graves.
À titre subsidiaire, le dirigeant estime que la sanction prononcée demeure excessive. Il rappelle que la Commission de Discipline a elle-même reconnu l’absence d’antécédents disciplinaires, de bénéfice financier, de récidive ainsi que l’absence d’incidence démontrée sur les résultats sportifs. Malgré ces circonstances, elle lui a infligé une suspension de six ans, soit une année de plus que la sanction minimale prévue par l’article 20.1, sans, selon lui, fournir de justification particulière.
Dans ses conclusions, Toulassi Kokou demande à la Commission de Recours de déclarer son recours recevable, d’infirmer la décision rendue le 4 juin 2026, d’annuler la suspension de six ans ainsi que l’amende de 500 000 FCFA, et de prendre toute autre mesure qu’elle estimera juste.
Conformément aux dispositions du Code disciplinaire de la FTF, la Commission de Recours dispose désormais d’un délai de dix jours à compter de la notification pour rendre sa décision. En cas de confirmation de la sanction, le président du FC Espoir de Zio pourrait porter l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport.
Cette nouvelle étape relance le débat sur les exigences de preuve en matière disciplinaire dans le football. La question centrale demeure de savoir si un enregistrement réalisé clandestinement peut, à lui seul, justifier une sanction aussi lourde, alors même que la Commission de Discipline a relevé qu’aucune manipulation effective des rencontres n’avait été démontrée.
L’affaire dépasse désormais le seul cadre sportif. Face aux nombreuses interrogations suscitées par ce dossier, l’Assemblée nationale togolaise a récemment interpellé le Gouvernement sur la gestion de cette affaire. À la suite de cette saisine, l’Exécutif a décidé de mettre en place une commission indépendante chargée de faire toute la lumière sur les faits et de formuler ses conclusions.
Hervé AKAKPO

