Au lendemain de l’élection de Henoc BOYODI à la tête de la Fédération Togolaise de Taekwondo (FTTKD), lors de l’Assemblée Générale élective du 24 novembre 2024, un vent d’espoir semblait souffler sur la discipline. De nombreux acteurs du taekwondo togolais y voyaient l’occasion d’ouvrir une nouvelle étape, portée par un dirigeant qui avait parcouru l’ensemble des échelons de la discipline : athlète, entraîneur, directeur technique national, avant d’accéder à la présidence fédérale. L’attente était forte et la promesse d’une relance structurée paraissait crédible. Pourtant, moins d’un an après cette élection, l’enthousiasme initial laisse place à une inquiétude grandissante au sein de la famille du taekwondo.
Toute organisation associative repose sur des fondements clairs : la transparence, la collégialité, le respect scrupuleux des textes et la primauté de l’intérêt collectif. Lorsque ces principes commencent à être mis à l’épreuve, l’équilibre de l’institution s’en trouve rapidement fragilisé. C’est précisément le malaise qui semble aujourd’hui gagner la FTTKD, où plusieurs décisions récentes prises unilatéralement par le Président Henoc BOYODI et en violation flagrante des textes en vigueur, suscitent incompréhension et contestation.
Une gouvernance qui s’éloigne du cadre statutaire
Les statuts et le règlement intérieur d’une fédération ne relèvent pas de simples dispositions administratives. Ils constituent l’ossature juridique et morale qui garantit la cohérence de l’action collective. Or, selon plusieurs acteurs du milieu, certaines décisions importantes auraient été prises par le président, sans consultation préalable du Bureau Exécutif, pourtant chargé de participer à l’orientation stratégique de la fédération.
Une telle démarche interroge, dans la mesure où la gouvernance associative repose sur la concertation et la validation collective. En marginalisant les mécanismes prévus par les textes, la direction fédérale expose ses décisions à des contestations qui risquent d’en affaiblir la légitimité. Dans un contexte où les fédérations sportives sont appelées à renforcer leur crédibilité institutionnelle, le respect du cadre statutaire apparaît plus que jamais indispensable.
Un Bureau Exécutif relégué au second plan
Le Bureau Exécutif, organe central de gestion et de régulation interne, semble aujourd’hui confronté à une réduction progressive de son rôle. Certains de ses membres estiment être tenus à l’écart des processus décisionnels, alors même que les statuts leur confèrent des responsabilités précises.
L’article 21 alinéa 4 des statuts rappelle notamment que le Bureau Exécutif statue en premier ressort sur certains différends disciplinaires et que les procès-verbaux de ses séances doivent être co-signés par le président et le secrétaire général. Pourtant, des décisions sensibles ont récemment suscité des interrogations, notamment la suspension provisoire du secrétaire général, Elom VOSSAH, ainsi que la révocation du directeur technique national adjoint chargé de la diaspora, Dodji FEBON.
Ces mesures sont intervenues dans un contexte de querelles et de désaccord interne, lié notamment à son refus catégorique de signer un document d’autorisation pour l’organisation d’une compétition internationale à Lomé, évoquant curieusement des problèmes sécuritaires au Togo dont il est le seul à en avoir connaissance. Cette compétition de classe mondiale, organisée par la Fédération internationale, devrait servir d’ouverture pour nombre d’athlètes togolais et à la discipline d’avoir une visibilité sur le plan international. Si le président de la fédération affirme agir dans le cadre de ses prérogatives, plusieurs observateurs estiment que ses décisions unilatérales gagneraient en l’exposant à un examen collectif, conformément à l’esprit des textes.
Autre point de crispation : la nomination du secrétaire général adjoint. Celle-ci a été opérée de manière cavalière et jugée précipitée par certains membres, alors que les dispositions réglementaires prévoient un processus clair de désignation impliquant notamment la présentation de candidatures par des clubs affiliés et en règle avec la fédération. Ce décalage entre les procédures prévues et les pratiques observées alimente un sentiment de déséquilibre institutionnel et contribue à installer un climat de tension au sein de l’organisation.
Un leadership questionné
Au-delà des aspects juridiques et procéduraux, c’est également la dimension du leadership qui se retrouve aujourd’hui au centre des débats. Diriger une fédération sportive implique non seulement de prendre des décisions, mais aussi de rassembler, d’écouter et de construire une vision partagée.
Or, plusieurs signaux traduisent un malaise croissant orchestré par le président Henoc BOYODI : manque de dialogue, concentration du pouvoir décisionnel et difficulté à instaurer un climat de confiance durable. Dans un environnement associatif, ces facteurs peuvent rapidement conduire à une perte de cohésion et à une démobilisation progressive des acteurs.
Cette situation pourrait également avoir des répercussions sur les relations avec les partenaires institutionnels, notamment l’État, représenté par le ministère en charge des Sports, principal soutien financier de la fédération. La stabilité et la crédibilité des structures sportives constituent en effet des éléments déterminants pour garantir la continuité des appuis institutionnels.

Des interrogations autour de la gestion financière
À ces tensions internes s’ajoutent des préoccupations liées à la gestion financière. Des accusations évoquant un détournement d’une bourse de la CONFEJES destinée à une pratiquante ont récemment circulé dans certains cercles du taekwondo togolais. Même si ces allégations ne font pas encore l’objet de conclusions officielles, elles n’en demeurent pas moins préoccupantes pour l’image de la fédération. C’est encore le président BOYODI qui est suspecté d’être l’auteur de cet acte.
Dans le contexte actuel du sport moderne, la transparence financière constitue une exigence majeure. Toute suspicion, qu’elle soit fondée ou non, peut affecter durablement la crédibilité d’une institution. C’est pourquoi plusieurs acteurs appellent à des clarifications rapides ainsi qu’à un renforcement des mécanismes de contrôle et de redevabilité.
L’urgence d’un sursaut collectif
Face à ces différentes tensions, de nombreuses voix au sein de la famille du taekwondo estiment qu’un retour aux fondamentaux s’impose. Le respect des textes, la restauration d’une gouvernance collégiale et la mise en place de pratiques transparentes apparaissent désormais comme des conditions essentielles pour préserver l’avenir de la FTTKD.
L’enjeu dépasse la seule question des responsabilités individuelles. Il concerne la capacité de l’ensemble des acteurs à replacer l’intérêt collectif au centre des décisions et à reconstruire un climat de confiance. Car une fédération sportive ne peut durablement fonctionner dans un environnement marqué par la défiance et l’opacité.
La fonction de président fédéral est avant tout un engagement au service d’une communauté sportive. Elle implique non seulement l’exercice de l’autorité, mais aussi le respect des règles qui fondent la légitimité de cette autorité. Lorsque cet équilibre se trouve fragilisé, il appartient à la communauté sportive de réagir avec lucidité et sens des responsabilités.
Pour la Fédération Togolaise de Taekwondo, l’heure semble venue d’un examen approfondi de son fonctionnement interne. L’objectif n’est pas d’alimenter les divisions, mais de préserver l’essentiel : la crédibilité, l’intégrité et la pérennité d’une institution qui représente l’ensemble du taekwondo togolais.
La Rédaction

