Lancé le 2 octobre dernier à Togblékopé, dans la préfecture d’Agoè-Nyivé, le projet « Tournoi Rugby O’Féminin » ambitionne d’initier les jeunes filles de 11 à 14 ans à la pratique du rugby, tout en faisant du sport un outil d’éducation, d’autonomisation et d’épanouissement. L’initiative de la Fédération Togolaise de Rugby (FTR) vise contribuer à la relance du rugby féminin à travers la formation d’une nouvelle génération de pratiquantes.
Et si le rugby devenait, pour des centaines de jeunes filles togolaises, bien plus qu’un simple jeu de ballon ? La FTR veut faire de cette discipline un espace où les adolescentes apprennent à se faire confiance, à prendre des initiatives, à respecter les autres et à oser exprimer leur potentiel. C’est tout le sens du projet « Tournoi Rugby O’Féminin », qui a court depuis quelques jours, avec une ambition qui dépasse largement les limites du terrain. Entre 11 et 14 ans où les jeunes filles construisent progressivement leur personnalité et leur rapport au monde, le sport peut constituer un formidable levier d’émancipation. En choisissant le rugby, une discipline encore peu pratiquée par les filles au pays, la FTR entend leur offrir de nouvelles perspectives, dans un cadre éducatif où le plaisir de jouer se conjugue avec l’apprentissage de valeurs essentielles. Le projet repose sur trois piliers : l’initiation au rugby, le développement de l’autonomie et la promotion du fair-play. Il s’agit de permettre aux participantes de découvrir une activité sportive collective, mais aussi d’apprendre à communiquer, à coopérer, à respecter les règles et à trouver leur place au sein d’une équipe.
Deux établissements pour commencer, des centaines de filles à sensibiliser
Pour cette première phase, deux établissements scolaires ont été retenus : le Collège-Lycée de Togblékopé et le Collège-Lycée de Cacavéli. Ces deux établissements serviront de cadre au déploiement des activités et à la découverte du rugby par les élèves âgées de 11 à 14 ans. L’objectif initial est d’initier 300 jeunes filles. Un choix qui traduit la volonté de la fédération de toucher un public suffisamment large avant de constituer les groupes qui poursuivront l’aventure jusqu’au tournoi final. À l’issue de cette première étape, 42 filles seront sélectionnées dans chacun des deux établissements, soit 84 participantes au total. Elles bénéficieront ensuite d’un programme comprenant des entraînements réguliers et des ateliers éducatifs destinés à les préparer à la compétition de décembre. Derrière ces chiffres, l’enjeu est de créer une véritable expérience sportive et humaine. Pour certaines élèves, cette initiative pourrait représenter leur tout premier contact avec le rugby. Pour d’autres, elle sera peut-être l’occasion de découvrir une passion jusque-là insoupçonnée, de gagner en assurance ou de nouer de nouvelles amitiés.

Pour rendre cette découverte accessible et sécurisée, la FTR a retenu le rugby T1, une forme de rugby sans contact physique, mieux adaptée à l’âge des participantes et à une initiation en milieu scolaire.
Avant d’aller à la rencontre des élèves, la fédération a d’abord misé sur la préparation de ceux qui les accompagneront. Ainsi, les 2, 3 et 4 octobre, les enseignants d’éducation physique et sportive (EPS) des établissements concernés ainsi que les éducateurs de la fédération ont suivi une formation portant sur les premiers secours et les bases du rugby T1. Cette phase préparatoire est essentielle. Elle doit permettre aux encadreurs de transmettre les fondamentaux de la discipline tout en veillant à la sécurité des jeunes pratiquantes. Les enseignants d’EPS assureront les séances d’initiation, avec l’accompagnement des éducateurs fédéraux. Pendant trois mois, les jeunes filles découvriront progressivement les règles, les gestes techniques et les exigences du jeu collectif. Elles apprendront à avancer ensemble, à se soutenir dans l’effort et à accepter les décisions de l’arbitrage. Autant de leçons qui peuvent trouver un prolongement dans la vie quotidienne, à l’école comme à la maison.
Le rugby devient ainsi un support d’éducation. Il ne s’agit pas uniquement de former des joueuses capables de courir, de passer le ballon ou de marquer des points, mais aussi de donner aux adolescentes les moyens de mieux se connaître et de croire davantage en leurs capacités.
Décembre, premier rendez-vous d’une nouvelle aventure
Au terme du programme de formation, les 84 jeunes filles retenues seront réparties en six équipes, à raison de trois équipes par établissement. Elles prendront part, en décembre prochain, au tournoi Rugby O’Féminin, qui constituera le point d’orgue de cette première édition. Cette compétition sera l’occasion de mettre en pratique les acquis des trois mois d’apprentissage. Mais au-delà des résultats, elle devrait surtout permettre de valoriser les efforts accomplis, de récompenser l’engagement des participantes et de montrer que les filles ont toute leur place dans le développement du rugby togolais. Pour Cécile Gadegbeku, secrétaire exécutive de la Fédération Togolaise de Rugby, l’ambition du projet s’inscrit dans la durée. « Le but derrière c’est d’avoir à la fin de ce projet, six nouveaux clubs de rugby féminin qui contribueront ainsi à la redynamisation du rugby féminin puisque nous n’avons plus assez de clubs de rugby féminin à la fédération », explique-t-elle. Cette déclaration résume l’enjeu stratégique de l’initiative. La compétition de décembre ne doit pas être une fin en soi, mais le point de départ d’une dynamique nouvelle. En suscitant l’intérêt des jeunes filles, en formant des encadreurs et en créant des groupes de pratiquantes, la fédération espère faire émerger six nouveaux clubs féminins capables de prolonger l’expérience au-delà du cadre scolaire.

La réussite du projet se mesurera donc autant à la mobilisation des élèves qu’à la capacité de transformer leur enthousiasme en une pratique régulière. Le défi sera de maintenir leur intérêt, de faciliter leur accès aux entraînements et de créer autour d’elles un environnement favorable à la poursuite du rugby. Les établissements scolaires, les enseignants, les éducateurs et les familles auront un rôle important à jouer dans cette continuité. Car lorsqu’une jeune fille découvre un sport, l’enjeu n’est pas seulement de lui apprendre à jouer : il est aussi de lui donner envie de revenir, de progresser et de transmettre à son tour cette passion. Avec le Tournoi Rugby O’Féminin, la FTR pose ainsi les bases d’un projet à la fois sportif, éducatif et social. À travers cette initiative, la fédération ne cherche donc pas seulement à former de nouvelles joueuses. Elle veut faire naître des vocations, renforcer la place des femmes dans le rugby togolais et donner à cette discipline un nouveau souffle, porté par la jeunesse et l’espoir.
Mawusse MELEGNA

