Kégué avait rallumé la flamme. Ndola est venu rappeler que la route de la CAN 2027 sera longue et semée d’embûches. Entre l’euphorie d’une victoire à domicile et la déception d’un revers en Zambie, les Éperviers doivent désormais apprendre à transformer la mobilisation retrouvée en force constante, en caractère et en résultats.
Il y a des soirs qui dépassent le simple cadre d’un match de football. Celui vécu à Kégué, le 25 septembre, restera certainement comme l’un de ces moments où tout un peuple a semblé retrouver, l’espace de quelques heures, le goût de croire en son équipe nationale.
Le stade avait retrouvé son âme. Les tribunes avaient été prises d’assaut par des Togolais redevenus supporters, véritables acteurs d’une rencontre qui ne se jouait plus seulement entre vingt-deux joueurs, mais entre une équipe et tout un peuple. Pouvoirs publics, Fédération, joueurs et supporters avaient vibré au même diapason. Et lorsque toutes les forces se mettent à converger vers un même objectif, bien des barrières peuvent finir par tomber.
Puis, il y eut cette image magnifique : des milliers de téléphones allumés dans les tribunes de Kégué. Une mer de lumières dans la nuit, comme pour chasser les années de doute, d’attente et de désillusion. Comme pour dire aux Éperviers : nous sommes encore là.
Cette lumière était belle. Mais elle avait ses limites.
Elle n’a malheureusement pas voyagé jusqu’à Ndola.
En Zambie, les Éperviers ont baissé la garde et se sont inclinés 2-0 face aux Chipolopolo. La défaite est venue rappeler une évidence que l’enthousiasme de Kégué ne devait pas faire oublier : une campagne de qualification ne se gagne pas uniquement devant son public.
Il faudra gagner à domicile, encore et toujours, pour faire de Kégué une véritable forteresse. Mais il faudra également savoir voyager, résister, négocier les moments difficiles et ramener de l’extérieur les résultats indispensables à la construction d’une qualification.
La mobilisation est une force. Elle n’est pas un substitut au résultat.
C’est là que se situe désormais le véritable enjeu pour Patrice Neveu et ses hommes. La dynamique est là, peut-être plus perceptible qu’auparavant. Le public a répondu présent. Une forme de confiance semble renaître. Mais cette dynamique doit maintenant être transformée en constance.
La défaite de Ndola ne doit donc pas être considérée comme un coup d’arrêt définitif. Elle doit plutôt servir de rappel à l’ordre. Le Togo est encore en construction. Et les Éperviers ont encore beaucoup à apprendre, notamment dans la gestion des rendez-vous loin de leurs bases.
La CAN 2027 demeure l’objectif. Pour y parvenir, il faudra afficher davantage de régularité, de maîtrise et de caractère. Il faudra surtout éviter que chaque victoire ne soit suivie d’un retour au doute.
Mais cette quête de qualification ne doit pas non plus faire oublier l’autre chantier : celui de la reconstruction et de la refondation du football togolais. Il ne suffit pas de retrouver une CAN. Il faut bâtir des sélections nationales capables d’y retourner régulièrement. Il faut inscrire la dynamique actuelle dans la durée, travailler sur toutes les catégories et faire de cette génération le socle d’une nouvelle ambition.
Le chemin est donc encore long. Très long.
Mais quelque chose a changé. À Kégué, le peuple togolais a montré qu’il était prêt à reprendre sa place aux côtés des Éperviers. À Ndola, le terrain a rappelé que cette ferveur devait désormais s’accompagner de performances.
Alors, oui, levons-nous. Dressons-nous, non pas seulement pour célébrer une victoire ou pleurer une défaite, mais pour accompagner patiemment et résolument la reconstruction de notre football.
Le chantier est vaste. Les obstacles sont nombreux. Mais la lumière est désormais allumée.
Il appartient aux Éperviers, et à tous les acteurs du football togolais, de la faire voyager bien au-delà de Kégué.
Aimé EKPE

