Togo/Football : Comment refaire du Stade de Kégué une forteresse imprenable ?
Dans le football, certaines règles ne figurent dans aucun règlement officiel, mais semblent pourtant traverser les époques. Parmi elles, la fameuse « loi du domicile ». Jouer chez soi, devant son public, sur une pelouse que l’on connaît et dans une atmosphère hostile à l’adversaire constitue un avantage que peu d’équipes négligent. Le football n’est certes pas une science exacte, mais le poids du public, l’environnement et la pression psychologique peuvent parfois faire basculer une rencontre.
Au Togo, cette réalité a longtemps été particulièrement visible. Le Stade municipal de Lomé dans les années 1990, puis le Stade de Kégué dans les années 2000, ont été pendant plusieurs années de véritables territoires hostiles pour les adversaires des Éperviers. Venir affronter le Togo à domicile n’était pas une simple rencontre de football. C’était aussi une confrontation avec un public passionné, bruyant et capable de pousser son équipe jusque dans les dernières minutes.
Kégué, quand jouer à Lomé était déjà un avantage
Il fut une époque où le simple fait de voir le Togo recevoir au Stade de Kégué suffisait à créer une certaine appréhension chez l’adversaire. Les tribunes étaient animées, les chants descendaient des gradins et la pression populaire accompagnait chaque offensive des Éperviers.
Les supporters constituaient véritablement ce fameux « douzième homme ». Ils ne se contentaient pas d’assister au spectacle.
Cette atmosphère a particulièrement marqué les grandes campagnes des Éperviers au début des années 2000.
La campagne 2006, symbole d’une forteresse
Les éliminatoires couplées de la Coupe d’Afrique des nations et de la Coupe du monde 2006 restent probablement l’un des meilleurs exemples de cette puissance du facteur domicile.
Sur les cinq rencontres disputées à domicile dans cette campagne, le Togo a remporté cinq victoires. Les Éperviers ont successivement dominé le Sénégal, le Congo, le Mali, la Zambie et le Liberia.
Plus qu’une simple statistique, cette série raconte l’ambiance qui entourait alors les rencontres internationales à Lomé. Les adversaires savaient qu’il faudrait non seulement affronter onze joueurs togolais sur la pelouse, mais également une véritable pression populaire dans les tribunes.
Cette campagne s’achèvera par la qualification historique du Togo pour la Coupe du monde 2006 en Allemagne. Le Stade de Kégué avait alors pleinement joué son rôle dans une aventure qui allait conduire les Éperviers vers la plus prestigieuse compétition mondiale.
Puis le temps a changé
Mais cette forteresse semble avoir perdu une partie de ses murs.
Depuis plusieurs années, les résultats à domicile dans les matchs à enjeu sont devenus beaucoup plus irréguliers. Le Togo peine à retrouver cette impression de puissance lorsqu’il reçoit ses adversaires à Kégué.
Le Liberia, l’Eswatini ou encore le Soudan du Sud sont notamment venus chercher des résultats à Lomé, rappelant une réalité devenue difficile à ignorer : le facteur domicile ne semble plus produire le même effet qu’autrefois.
Évidemment, il serait simpliste d’attribuer les résultats sportifs uniquement à l’ambiance dans les tribunes. La qualité de l’effectif, la préparation, le niveau de l’adversaire, les choix tactiques et la confiance des joueurs demeurent les principaux éléments d’une victoire.
Mais dans les matchs internationaux serrés, quelques pourcentages peuvent faire la différence. Et c’est précisément là que le public peut avoir un rôle déterminant.
Où est passé le « douzième homme » ?
La question mérite donc d’être posée :comment faire pour que Kégué redevienne un stade où l’adversaire ressent véritablement la pression dès son entrée sur la pelouse ?
La réponse ne consiste certainement pas à demander simplement aux supporters de « faire du bruit ». Il faut penser l’animation du stade comme un véritable élément de l’organisation d’un match des Éperviers.
Première piste : réorganiser l’ambiance dans les tribunes
Les groupes de supporters jouent déjà un rôle important, mais leur animation gagnerait à être davantage structurée et coordonnée. Un stade rempli n’est pas nécessairement un stade qui pousse son équipe. Il faut une véritable dynamique collective, avec des chants connus, des moments d’encouragement et une capacité à maintenir la pression pendant les 90 minutes.
Mettre de l’ordre dans les groupes organisés
La présence de plusieurs groupes peut être une force considérable si chacun contribue à une animation commune. Elle peut en revanche devenir contre-productive lorsque les initiatives sont dispersées et que chaque groupe évolue de son côté.
L’objectif ne devrait donc pas être de supprimer les particularités de chacun, mais de créer une forme de coordination. Pourquoi ne pas imaginer un véritable « plan d’animation » pour chaque match des Éperviers ?
Avant la rencontre, pendant l’échauffement, à l’entrée des joueurs, après un but ou dans les moments difficiles : chaque séquence pourrait avoir son propre rythme.
L’idée est simple : faire du bruit, oui, mais surtout faire du bruit ensemble.
Associer davantage les supporters des clubs
Le Togo dispose d’une culture populaire du football qui ne se limite pas à l’équipe nationale. Les clubs possèdent leurs propres groupes de supporters, leurs chants, leurs codes et leur expérience de l’animation des tribunes.
Pourquoi ne pas mettre cette énergie au service des Éperviers ?
Les supporters des principaux clubs pourraient être associés aux rencontres internationales à travers une organisation commune. Ils apporteraient leur savoir-faire, leurs chants et leur capacité à mobiliser les tribunes.
L’équipe nationale pourrait ainsi devenir le point de rencontre de toutes les sensibilités du football togolais.
Le rôle souvent sous-estimé du speaker
Il y a également un autre acteur qui peut transformer l’atmosphère d’un stade : le speaker.
Son rôle ne devrait pas se limiter aux annonces protocolaires et commerciales. Dans un stade moderne, le speaker est également un animateur capable de créer une interaction avec le public.
Présenter les joueurs de manière dynamique, lancer certains chants, solliciter les tribunes, relancer l’ambiance après une occasion manquée ou dans une période difficile : autant de leviers qui peuvent contribuer à maintenir le public dans le match.
Mais là encore, il faut éviter de transformer l’animation en spectacle permanent. Le but n’est pas de distraire le public du football. Il s’agit au contraire de faire du public un acteur du match sans oublier les règles d’animation de stade conformément aux dispositions de la FIFA afin d’éviter des amendes…
Et si le premier combat était celui de l’accès au stade ?
Il reste enfin une question fondamentale : celle de l’accessibilité.
Pour retrouver une véritable ferveur populaire, encore faut-il que le public puisse venir au stade dans de bonnes conditions. La billetterie, le prix des tickets, les points de vente, les horaires, les conditions d’accès et l’organisation autour du stade peuvent avoir une influence directe sur l’affluence.
Un Stade de Kégué plein et animé n’aura pas la même influence qu’un stade à moitié rempli.
L’objectif devrait donc être de faire des matchs des Éperviers de véritables rendez-vous populaires. Une rencontre de l’équipe nationale doit commencer plusieurs heures avant le coup d’envoi, dans les rues, les quartiers, les fan-zones et aux abords du stade.
Il faut retrouver cette sensation particulière qui faisait comprendre à l’adversaire, dès son arrivée sur la pelouse, qu’il allait vivre une soirée compliquée.
Le public doit retrouver sa voix. Les groupes doivent retrouver leur coordination. Le speaker doit retrouver son rôle d’animateur. Les supporters des clubs doivent être associés. L’accès au stade doit être facilité.
Et surtout, les joueurs doivent sentir que derrière eux se trouve tout un peuple.
Hervé AKAKPO

